Comment l’Union européenne répond à la pénurie de gaz ?

Le risque d’une rupture d’approvisionnement en gaz naturel russe est pris très au sérieux par les États de l’Union européenne. Ils préparent déjà leur acclimatations, entre mesure de sobriété dès cet été, relance possible du charbon, recherche éperdue de nouveaux fournisseurs, et nouveaux projets d’extraction.

Le jeu de poker menteur de la Russie et de Gazprom avec l’Union européenne ne laisse au final que peu de place au doute. Si le Kremlin se refuse à annoncer publiquement la fin des livraisons de gaz naturel vers ses partenaires européens, le grand cirque médiatique autour de Nord Stream 1, de ses turbines Siemens et de sa maintenance ne trompe personne.

Privée de gaz russe, que va faire l’Union européenne ?

Il semble hautement probable que la Russie va cesser dès cet été de livrer du gaz naturel à l’Union européenne, qui se prépare d’ailleurs, de l’aveu de plusieurs de ses dirigeants, depuis plusieurs semaines « au pire ». La Russie a fourni en 2021 40 % du gaz naturel consommé dans l’Union européenne. Cette part était encore de 20 % début juin 2022.

Comment les différents États se préparent-ils à cette possible pénurie ? Ils jonglent entre nouveaux fournisseurs, constructions accélérées d’infrastructures, mesures de sobriété, relance du charbon, voire nouveaux projets d’extraction de gaz naturel. Revue de détails des principaux points chauds.

L’Allemagne accélère la construction de ses premières infrastructures de GNL

En volume, les plus gros consommateurs de gaz russe restent l’Allemagne et l’Italie. Berlin active depuis des mois tous les leviers possibles pour se libérer du gaz russe. Le pays s’est notamment lancé dans une construction à marche forcée de terminaux flottants de GNL (le pays n’en possède actuellement aucun).

Mi-juillet, un cinquième projet a été officialisé, mené par TotalEnergies. Le plus avancé, dans le port de Wilhelmshaven, sur la mer du Nord, devrait être opérationnel dès cet hiver 2022-2023. Celui de Brunsbüttel, à l’embouchure de l’Elbe, non loin de Hambourg, devrait quant à lui être mis en service début 2023.

Dans le même temps, le pays a proposé à la France d’inverser le flux des gazoducs reliant les deux pays, soit pour puiser dans les réserves françaises (uniquement en cas d’urgence immédiate), soit pour profiter de GNL acheminé dans un port français.

Berlin impose la sobriété énergétique et pourrait relancer le charbon

Parallèlement, Berlin a déclenché le niveau 2 de son plan d’urgence national sur l’énergie, qui prévoit une sobriété généralisée, contrainte s’il le faut. L’eau chaude a été interdite dans les bureaux individuels. Cet hiver, le chauffage au-dessus de 20°C sera interdit.

L’Allemagne a aussi ouvert la porte à la réouverture, cet hiver, de centrales au charbon fermée ces derniers mois ou années, en cas d’urgence. La Pologne a, dans la même logique, gelé son plan de fermeture de centrales au charbon, qui prévoyait de les remplacer par des centrales au gaz.

L’Italie se tourne vers l’Afrique pour son GNL

L’Italie, de son coté, est mieux armée pour faire face à une possible pénurie de gaz russe, car elle possède de nombreux terminaux de GNL. Rome s’est résolument tourné vers l’Afrique pour diversifier ses approvisionnements (Algérie, Egypte, République Démocratique du Congo, Angola, Mozambique).

Le pays a aussi dévoilé, le 21 juin 2022, une série de mesures pour renforcer ses capacités de stockage, visant un remplissage des stocks à 90 % en novembre. Des mesures de sobriété énergétique sont prêtes à être déployées, et le pays va augmenter ses achats de charbon pour faire tourner ses centrales si le gaz vient à manquer.

La France adopte la sobriété, et reste suspendue à la disponibilité de son parc nucléaire

La France, quant à elle, a déjà rempli ses stocks de gaz à 67 % (contre 50 % à la même période l’année dernière), et vise les 80 % au début de l’hiver. Bien que moins dépendant au gaz russe, le pays risque de faire face à une énergie chère et rare cet hiver, les prix de l’électricité étant toujours indexé, en Union européenne, sur ceux du gaz naturel.

Dans son allocution du 14 juillet, le président Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé la mise en place d’un plan de sobriété énergétique national, dès cet été, pour économiser l’énergie en vue de l’hiver prochain.

La France est un cas particulier, car suspendue aussi à la disponibilité de son parc nucléaire, touché par un défaut générique (la corrosion sous contrainte), qui a contraint de mettre à l’arrêt de nombreux réacteurs pour travaux. En fonction de l’évolution de ce dossier, le gouvernement envisage de brûler du gazole dans les centrales au gaz le permettant, voire de rouvrir, lui aussi, une des trois centrales au charbon fermées ces dernières années.

L’interconnexion gazière Grèce-Bulgarie mise en service

Dans le Sud-Est de l’Europe, l’Interconnexion gazière Grèce-Bulgarie (IGB) a enfin été mise en service, ce 8 juillet 2022, ouvrant la possibilité pour Sofia de se fournir en gaz naturel azéri transporté par le gazoduc TAP, ou en GNL sur les marchés mondiaux, via les terminaux grecs.

La Grèce doit quant à elle faire face à ses propres besoins en gaz, tout en devant potentiellement couvrir ceux de la Bulgarie et, moins probablement, de la Roumanie en cas de besoin.

La Grèce, tête de pont de l’Europe du Sud-Est

Athènes ne dispose pour l’heure que d’un terminal de GNL opérationnel, à Revithoussa, même si d’autres sont en construction (celui d’Alexandroupoli devrait être mis en service mi-2023). Le pays s’est doté par ailleurs d’un nouveau réservoir flottant de GNL à Revithoussa, portant la capacité de stockage de l’usine à plus de 380 000 m3, contre 225 000 actuellement.

La Grèce travaille par ailleurs à augmenter ses livraisons de gaz azéri via le gazoduc TAP, et a adopté un plan de relance énergétique autorisant la réouverture des centrales au lignite de la société publique d’électricité (PPC) de Grèce et l’utilisation de gazole au lieu de gaz naturel dans les 1,7 GW de centrales électriques capables de fonctionner avec un carburant alternatif.

Relance des projets d’extraction gazière en Roumanie et en… Suisse

En Autriche, la société d’État gazière OMV a diversifié ses approvisionnements, et annonce que 45 % de ses besoins pour pour la prochaine année gazière (allant d’octobre 2022 à septembre 2023) sont déjà couverts par des sources non russes.

Enfin, certains pays ont décidé de relancer l’exploitation de leurs réserves gazières, comme la Roumanie, qui devrait forer prochainement de nouveaux puits en Mer Noire.  Même si elle ne fait pas partie de l’Union européenne, la Suisse est intégrée au réseau européen de transport de gaz. Or, le pays pourrait relancer un projet d’extraction de gaz naturel dans le Lac Léman

On vous recommande

A propos de l'auteur Ondine Marnet

Consultante RSE et spécialiste des enjeux énergétiques, Ondine Marnet est approchée par la rédaction du gaz.fr fin 2014, et se joint à l'aventure début 2015.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *